mercredi 27 avril 2011

Une distinction "Palace" réservée à l’excellence - By classementhotelier.org


Propos recueillis par Nelly Rioux pour classementhotelier.org

Depuis l’arrêté du 8 novembre 2010, les hôtels détenant 5 étoiles dans le nouveau classement hôtelier avaient jusqu’au 31 décembre 2010 pour présenter leur candidature à la nouvelle distinction "Palace ". La commission d’Atout France étudie actuellement les dossiers qui ont été déposés à la fin de l’année. Il n’y en aurait pas plus d’une douzaine pour l’instant. Le point avec Jean-Paul Lafay, Président du Club des dirigeants des grands hôtels de Paris et Palaces de France.




Après la création d’une 5e étoile, une “distinction” Palace était-elle vraiment nécessaire ?

Jean-Paul Lafay : c’était discutable et discuté, mais à partir du moment où l’on a perçu que l’appellation allait exister, les directeurs des grands hôtels et palaces de Paris ont préféré s’impliquer dans ce qui, au départ, devait être un label PREMIUM transformé ensuite en label PALACE pour devenir a leur demande une distinction "PALACE ".
François Delahaye et Pierre Ferchaud ont présenté un rapport à Hervé Novelli avec des recommandations. A l’issu de ces échanges, nous sommes satisfaits du contenu de cette nouvelle distinction, car nous sommes désormais convaincus qu’avec elle, certains hôtels de luxe vont pouvoir capter plus efficacement une nouvelle clientèle individuelle à hauts revenus en provenance de pays tels que la Chine, l’Inde, le Brésil ou la Russie. Par ailleurs, il faut bien comprendre que cette distinction doit être perçue comme honorifique, à l’image d’un prix littéraire. Pour rentrer dans ce cercle élitiste, il faut franchir avec succès une première épreuve technique incontournable puis une seconde, plus subjective, même si elle reste encadrée par des critères définis.

Certains dénoncent les critères techniques référents à cette distinction. Les critères semblent peu différents de ceux exigés pour la 5e étoile… Quel est votre avis ? 

Jean-Paul Lafay : Les critères techniques requis pour les Palaces ont effectivement les mêmes critères que ceux de la 5e étoile sauf que les critères optionnels deviennent obligatoires ! Le niveau d’exigence est donc nettement plus haut et il y a une vraie différence avec la 5e étoile ! Nous avons été consultés pour l’élaboration de ce cahier des charges et nous avons pu faire évoluer quelques points par exemple la tolérance de 10 % au maximum pour les surfaces inférieures aux minima requis des chambres ou la suppression d’un nombre de chambres minima et maxima. L’expérience de nos membres a été précieuse, leur connaissance des grands hôtels de luxe en France ou à l’international aussi. La distinction "palace" ne peut pas être à la portée de tous les hôtels de luxe. À ma connaissance, pas plus d’une douzaine de dossiers n’ont été déposés avant le 31 décembre. Nous connaîtrons bientôt les heureux élus, mais au final, il n’y aura jamais plus d’une quinzaine d’établissements qui pourront prétendre à cette distinction.

Que pensez-vous du second volet de "l’épreuve", plus subjectif et qui fait appel à un jury qui n’est pas issu du monde de l’hôtellerie à quelques exceptions près ?

Jean-Paul Lafay : ce jury a été constitué de personnalités qui fréquentent ce type d’établissement et qui possèdent la culture nécessaire pour comprendre le cahier des charges. Les critères sont effectivement ici plus subjectifs, mais restent encadrés. Les membres du jury doivent pouvoir justifier leurs réponses quand il s’agit de juger l’histoire de l’hôtel, ses légendes, son esthétique… Mais il y a d’autres critères sur lesquels il faudra prendre position comme l’implication des équipes dans la recherche de l’excellence, l’exemplarité de la démarche sociétale et environnementale poursuivie par l’établissement, la performance économique de l’établissement de nature à distinguer l’excellence du service… Des aspects somme toute assez délicats à percevoir.

Dominique Desseigne a annoncé qu’il ne déposait pas de dossier "Palace" pour ses hôtels… Il souhaite conserver la fidélité des hommes d’affaires à qui cette distinction fait peur… Qu’en pensez-vous ?

Jean-Paul Lafay : Nous comprenons très bien sa position et il a tout simplement exprimé la préoccupation de nombreux autres hôtels de luxe qui ont un mix clientèle important. Ces dernières années, ceux-ci ont mené des actions commerciales dynamiques en direction de la clientèle d’affaires, pour que les séminaires et les conventions se déroulent dans leurs établissements et il est clair que dans une période post-crise, personne n’a envie d’afficher un standing démesuré. Voilà pourquoi j’insiste sur le fait que cette distinction n’intéresse qu’un petit nombre d’établissements, ceux qui misent tout sur une clientèle individuelle, la plupart du temps étrangère et à hauts revenus.

Les nouveaux palaces parisiens comme le Shangri La ou le Mandarin ne peuvent pas déposer de dossier, car ils n’ont pas 30 mois d’activité alors que ces hôtels sont luxueux, flambant neuf et parfaitement aux normes… N’aurait-on pas fait un peu de favoritisme avec cet arrêté, pour protéger quelques fleurons parisiens qui venaient de terminer des rénovations colossales et couteuses ?

Jean-Paul Lafay : Absolument pas. Il fallait encadrer le référencement et il faut laisser à un hôtel neuf le temps d’ouvrir même s’il est parfaitement aux normes. Il y a toujours un temps de rodage, le chantier n’est pas toujours fini et puis surtout pour le cas des hôtels que vous citez, il faut qu’ils obtiennent d’abord leur 5e étoile, car sans elle, ils ne peuvent pas prétendre à la distinction Palace. Pour les rénovations, c’est la même chose. Il faut que tous les travaux soient terminés. Il n’y a pas eu de favoritisme comme vous le sous-entendez, au contraire, l’arrivée de nouveaux hôtels de luxe à Paris est une bonne chose, et nos membres le disent eux-mêmes. C’est dynamisant et la qualité est naturellement tirée vers le haut. Sur le plan commercial et marketing, c’est une excellente chose ! En plus, il ne faut pas oublier le travail que les nouveaux chantiers hôteliers ont généré.

Quelques pronostics sur les heureux élus dont on connaitra le nom à la fin de ce premier trimestre 2011 ?

Jean-Paul Lafay : je m’en garderais bien ! Que les meilleurs gagnent ! Néanmoins j’aimerais que les futurs distingués correspondent à la réalité, la mienne, celle que j’imagine… Mais, comme pour un prix littéraire, ma vision n’est peut-être pas la bonne !
 

Source de l'article : http://www.cleverdis.com/newsletter/Articles/classement_hotelier/110211-Jean-Paul_Lafay/